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  L IER en marche arrière
Posted on Viernes, 29 enero a las 20:17:41 by dosorillas

MARRUECOS Anonimo writes "
L’IER en marche arrière





Rapport. Quatre ans après la remise officielle du rapport de l’Instance équité et réconciliation, ses principales recommandations n’ont toujours pas été mises en œuvre. La pression s’accentue au Maroc comme à l’étranger pour que l’Etat tienne ses engagements et passe enfin du discours aux actes.


«En dépit des promesses, seules quelques vérités partielles concernant les atteintes aux droits humains commises dans le passé ont été révélées, la question de la justice n’a pas été abordée et les réformes juridiques et institutionnelles (…) n’ont pas été mises en œuvre». Le dernier rapport d’Amnesty International concernant les travaux et le suivi de l’Instance équité et réconciliation (IER) est sans concession envers le régime. «Ils ont attendu quatre ans. C’est rare qu’Amnesty International prenne une position aussi claire et nette», commente Abdelilah Benabdeslam, vice-président de l’AMDH. L’ONG internationale reconnaît que le rapport final de l’IER a aidé à faire la lumière sur l’étendue et la réalité des violations des droits de l’homme commises par le passé. Cependant, les attentes suscitées par cette «initiative révolutionnaire», unique dans la région, ont laissé place à la frustration. Amnesty pointe notamment «l’échec des autorités marocaines à remplir leurs obligations internationales en garantissant aux victimes leurs droits à la vérité, à la justice et aux réparations adéquates.»





Manque de volonté politique


Dans une mise au point adressée à l’ONG, le Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH), chargé d’assurer le suivi de l’IER, nie toute lacune et accuse au contraire Amnesty d’un «manque flagrant d’objectivité». Une attitude qui passe mal auprès des rédacteurs du rapport. «Nous travaillons avec eux depuis la création de l’IER, nous avons essayé de dialoguer, d’échanger des informations, et voilà leur réponse…», explique-t-on au siège londonien de l’organisation. Les associations marocaines comme le Forum vérité et justice (FVJ), l’AMDH et l’OMDH s’attaquent aussi au CCDH en soulignant que le Conseil n’a ni les moyens ni le pouvoir nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations de l’IER, notamment la première d’entre elles : une réforme de la Constitution qui garantisse l’avènement d’un Etat réellement démocratique. Après de nombreuses pressions- et de nombreuses promesses non tenues, le CCDH a enfin publié la liste officielle des noms des 66 personnes dont le sort était toujours inconnu. L’instance a pu résoudre ces cas sauf pour 9 d’entre eux dont l’affaire Ben Barka, «faute de moyens mis à sa disposition». «De toute façon, la question des disparus va bien au-delà de cette liste officielle...», lance un militant du Forum. Le CCDH a présenté le 14 janvier son rapport de suivi des recommandations de l’IER. Si le travail se poursuit concernant la réinsertion sociale des victimes, les réparations individuelles et communautaires, les réformes institutionnelles ont «disparu» du programme. L’institution explique en outre que l’IER n’est finalement pas habilitée à demander une modification de la Constitution… Seul le chapître consacré à la justice prévoit désormais que cette dernière serait érigée «en tant que pouvoir au sein de la Constitution» et sortirait ainsi du giron de l’Exécutif. Concernant la rationalisation de la gouvernance sécuritaire, le CCDH indique simplement qu’il «se penche sur l’élaboration d’un avis» pour sa mise en oeuvre. «Cet échec à faire appliquer même des recommandations moins sensibles, telle la ratification d’instruments internationaux complémentaires relatifs aux droits humains, révèle un manque de volonté politique de mettre en place des garanties efficaces (…) et de changer la structure politique qui a permis que des violations des droits humains se produisent dans un climat d’impunité quasi totale», indique le rapport d’Amnesty. «Pourtant, l’application des recommandations, c’est vraiment le minimum», affirme Ali Fkir, membre du Forum, de l’AMDH et d’Annahj. «Il faut établir la vérité, rendre justice aux victimes, déterminer les responsabilités des individus et des institutions et entamer les réformes nécessaires pour que cela ne se reproduise plus.»

«Justice restaurative»


La poursuite des responsables, écartée d’emblée par Mohammed VI à travers «un geste grâcieu de pardon collectif», est indispensable aux yeux des victimes et de leurs proches. Comme le note le rapport d’Amnesty, «tant que les auteurs présumés des violences n’auront pas à rendre compte de leurs crimes devant la justice (…), parler d’une réelle volonté d’affronter le passé dans le but de construire un avenir meilleur semble vain.»
«On parle de réconciliation, mais avec qui ?», lance Abdelilah Benabdeslam. Mohammed VI avait simplement exprimé sa «sympathie et sa sollicitude» envers les victimes. Amnesty lui demande désormais des excuses publiques. Une quarantaine de responsables sécuritaires ont été cités par les victimes. Certains occupent encore de hautes fonctions au sein de l’Etat, comme les généraux Benslimane et Laânigri ou encore Abdelhafid Benhachem, nommé en 2008 à la tête de l’administration pénitentiaire… Pour les associations marocaines de défense des droits de l’homme, il est urgent d’écarter ces personnes le temps de mener des investigations rigoureuses. «La présence de ces anciens tortionnaires montre bien que le système en place est toujours le même», lance, dépité, un militant associatif. Un état de fait qui relance le débat sur la réalité de cette «transition démocratique» proclamée par les autorités. Peut-on vraiment parler de rupture entre ancienne et nouvelle ères ? «Les choses n’ont pas changé, affirme Abdelilah Benabdeslam. Les violations graves continuent au Maroc depuis le 11 septembre 2001. Pour arriver à un Etat de droit, il faut changer cette Constitution archaïque qui donne tous les pouvoirs au roi sans que ce dernier n’ait de comptes à rendre. C’est contraire aux principes de la démocratie.» «La nature même de l’Etat marocain est anti-démocratique», renchérit Ali Fkir. «Historiquement, sa création a été légitimée par la religion et la baïonnette.»
Dans son rapport, Amnesty aborde cette question en expliquant que la «timidité» de l’IER «vient peut-être de la crainte qu’en dévoilant toute la vérité, on tire des conclusions inacceptables, du point de vue des autorités marocaines, sur la monarchie et sur les individus qui détiennent toujours des postes importants.»

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