Fahem Boukadous a été condamné hier 13 janvier 2010 à quatre ans de prison ferme en première instance par le Tribunal de Gafsa suite à sa couverture journalistique en 2008 du mouvement social du bassin minier de Gafsa. Il avait été lourdement condamné en décembre 2008 puis de nouveau en appel en février 2009 en même temps que des responsables syndicaux du mouvement de Gafsa lors d’un double procès historique. Fahem Boukadous, en fuite au moment de cet épisode judiciaire, avait écopé alors de six ans de prison, par contumace. La sentence d’hier est d’autant plus illogique qu’il s’est présenté spontanément aux autorités le 24 novembre dernier et que ses coaccusés syndicalistes passés ont bénéficié d’une libération conditionnelle le 4 novembre 2009 par grâce présidentielle, une libération qui intervenait suite à une vaste campagne nationale et internationale de soutien.
Journaliste pour la chaîne satellitaire El Hiwar Ettounsi, Fahem Boukadous
va donc rejoindre dans les geôles tunisiennes deux autres journalistes
actuellement emprisonnés pour des motifs politiques également, Taoufik Ben Brik et Zouhaïer Makhlouf.
Le mouvement social pacifique de Gafsa avait défrayé l’histoire tunisienne au 1er semestre
2008 par son ampleur, sa ténacité, sa dignité et la solidarité massive
qu’il avait suscité dans la population locale. Il s’était heurté à une
répression violente de la part de l’Etat ainsi qu’à une tentative
d’étouffement extrême sur toute information le concernant. Encerclée
par la police et les forces armées, la région minière, en particulier
la ville de Rdeyef, était devenue inaccessible, particulièrement aux
journalistes, tandis que les communications étaient fortement entravées.
L’évènement
avait donné lieu en Tunisie à une courageuse campagne nationale de
soutien à la population du bassin minier menée par des syndicalistes et
de nombreux autres représentants la société civile démocratique et
d’opposition tunisienne en dépit des harcèlements du pouvoir. Une non
moins importante campagne de solidarité internationale de protestation
s’était également élevée contre la grave chape de répression qui
s’était abattue sur les protestataires du bassin minier, ses leaders
syndicaux, sa jeunesse et l’ensemble de la population locale de la part
de l’Etat tunisien. La campagne insistait notamment sur la légitimité
de la lutte sociale qu’ils avaient menée et son caractère pacifique,
ainsi que sur l’erreur grave que constituait l’accusation de
“constitution d’une association criminelle susceptible de porter
atteinte aux personnes et à leurs biens”, dont les principaux leaders
syndicaux du mouvement, et avec eux le journaliste Fahem Boukadous, étaient honteusement affublés.
Le CRLDHT
proteste avec la plus grande indignation contre cet entêtement du
régime tunisien dans l’affaire du bassin minier et cette nouvelle
condamnation, qui montre que l’affaire du bassin minier n’est pas close
du côté du régime tunisien et que la volonté d’intimidation des voix
libres au prix d’accusations fausses et de lourdes peines continue de
sévir également sans vergogne.
Le CRLDHT rappelle que le mouvement social auquel Fahem Boukadous
était associé en tant que journaliste ne fut d’aucune manière un
mouvement criminel, mais un mouvement social pacifique et collectif
pour les droits et la dignité.
Le CRLDHT
rappelle en outre que la liberté de la presse et le droit à
l’information sont des valeurs essentielles de tout régime qui prétend
au titre de démocratie, ce dont se targue toujours le régime de Ben Ali suite à sa dernière réélection truquée.
Enfin, le CRLDHT souhaite rappeler le cas de Mouhieddine Cherbib,
président de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des Deux
Rives à Paris, qui a été également condamné par contumace et pour les
mêmes motifs dans ce double procès collectif de décembre 2008 avec
appel en février 2009, ainsi que, plus spécifiquement, pour diffusion
vers l’étranger d’informations concernant le mouvement de Gafsa. Son
cas n’est toujours pas réglé. Le CRLDHT demande la libération immédiate de Fahem Boukadous et espère à défaut que la procédure d’appel qui doit être lancée aboutira à un jugement cette fois équitable.
Paris, le 14 janvier 2010
"